Ruches de biodiversité vs Apiculture

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L’apiculture moderne arrive à sa fin … Le rapport entre l’humain et l’abeille est aujourd’hui remis en cause.

 

Je ne vais pas vous parler ici des habituels produits phyto, des pesticides et autre perturbateurs chimiques ou physiques (ondes EM), de l’appauvrissement des ressources florales dû à la monoculture et la destruction des haies et des bocages. Je ne vais pas non plus vous parler du frelon asiatique et des nouvelles maladies et parasites comme Nosema Ceranae ou Varroa Destructor.

 

Je vais plutôt réfléchir à la source du problème.

 

A quoi sert l’abeille ? Est-ce pour produire du miel ? Poloniser les fleurs ? Cultiver des champignons1 ? Nourrir les oiseaux ?

 

Quels sont les « services eco systémiques » rendus par l’abeille ?

 

Pour moi le problème est là. Pourquoi la nature et ce qui la compose (ex : animaux, végétaux, fungi, minéraux) doivent forcément servir à quelque chose ?

 

Je suis pour une culture humaine intégrée à la nature et la protégeant en tant que telle dans un esprit de fraternité avec le vivant, détaché d’une vision purement utilitariste du monde.

 

Mais je reconnais l’importance des traditions, l’intérêt d’avoir une démarche adaptée à la culture d’aujourd’hui. Se reconnecter au vivant est un besoin de plus en plus exprimé et cela peut passer par une relation paysanne à la terre. Il est possible de passer de l’agriculture conventionnelle à une agriculture à petite échelle en ré utilisant les savoirs faire traditionnels.

 

Où posons nous le cursus entre :

– s’adapter au système libérale, ne pas êtres trop en marge et avoir une stratégie applicable et abordable par le plus grand nombre aujourd’hui

– s’occuper de l’environnement le plus radicalement possible car la situation est déjà trop critique pour attendre un changement sociétale (stratégie applicable seulement par un petit groupe d’activistes organisé en bio région ou TAZ) ?

Les enseignements de la permaculture me permettent de choisir entre les différentes stratégies en place pour préserver l’abeille aujourd’hui.

Actuellement les stratégies en place (de la plus libérale à la plus radicale) sont :

  • apiculture conventionnelle avec transhumance, nourrissement et traitement (200 à 400 ruches par apiculteur)
  • apiculture artisanale en ruche Dadant à petite échelle (cinquantaine de ruches par apiculteur)
  • apiculture fixiste (tronc, pailles, poterie, sunhives) destiné à produire seulement les meilleures années avec un objectif lucratif moindre.
  • apiculture vivrière à échelle familiale, 1 ou 2 ruches par famille
  • apiculture Bachkir2 (bort), 2 ruches par km2 (Ma préféré ;))
  • arrêter l’apiculture : créer des zones entièrement sauvages dans lesquelles les humains n’ont aucune intervention possible, à moins de redevenir sauvages eux aussi… (J’aime bien cette stratégie aussi !)

 

Dans la conception en permaculture nous utilisons des principes de design3.

« Utiliser et valoriser la biodiversité » est un principe souvent mal compris ou réduit à la capacité de certaines espèces à s’adapter à un biotope.

Selon les pionniers de la permaculture il en est autrement, ils l’expliquent souvent ainsi :

 

Soit nous utilisons la biodiversité sans la valoriser soit nous valorisons la biodiversité sans l’utiliser, selon les permaculteurs il faut faire les 2 en même temps.

 

Exemple grossier :

  • Je récupère un Ha de forêt et je coupe tout pour vendre des stères de bois : je gagne de l’argent en utilisant la biodiversité mais je ne la valorise pas. Cela mènera tôt ou tard à un appauvrissement du terrain.
  • Je récupère un Ha de forêt et je ne touche à rien : cela valorise la biodiversité mais ne l’utilise pas. Je reste donc dépendant d’autres personnes pour ma consommation (bois de chauffage, nourriture, etc.) qui est probablement produite en utilisant la biodiversité sans la valoriser.

Même situation mais je suis permaculteur/trice : je coupe les 4/5èmes de la forêt que je vends en bois de chauffage. J’utilise l’argent gagné pour acheter des fruitiers (ou ce dont j’ai besoin pour mon propre système de production). Je ne suis alors pas dépendant des systèmes de production destructeurs et j’améliore la diversité sur mon terrain. Je garde une partie de la forêt et je cultive des plantes de lisière (rosacées), cela apportera une grande diversité (= résilience).

Cette vision oppose les permaculteurs aux conservateurs qui tendent à seulement valoriser la biodiversité, ce qui les dépossède de leur capacité à s’intégrer à la nature d’une manière productive et respectueuse. La permaculture se rapproche plus d’une approche paysanne, vivrière et à petite échelle, avec une partie « zone 5 » entièrement réservée au sauvage sans intervention humaine.

Ainsi la conclusion serait que trop produire ne valorise pas la biodiversité. A contrario, ne rien produire4 serait aussi néfaste car nous (collectivités, communes, villages, quartiers, TAZ) serions dépossédés de nos moyens de production, gérés alors par l’industrie.

 

D’après la permaculture nous devrions garder en tête le compromis : rester productif tout en « aggradant » les eco systèmes.

 

Il est temps de reconnaître la destruction de notre milieu et d’agir en conséquences.

Les réseaux des ruches dites « de biodiversité » ou « de conservation » prêchent une apiculture pour l’abeille et rien d’autre.

 

Nous reconnaissons que l’abeille a co-évolué aux côtés de l’humain depuis 11 000 ans. Les biomes ont été tellement modifiés sous nos latitudes (et partout ailleurs) ces 200 dernières années que les abeilles sont aujourd’hui extrêmement affaiblies au point de ne plus pouvoir prospérer seules.

Même si des colonies sauvages persistent dans les coins les plus reculés de notre pays, les abeilles sont tout de même en danger et les colonies sont très fragiles.

Beaucoup de scientifiques et de spécialistes de l’abeille s’accordent à dire que de laisser les abeilles totalement sauvages n’est pas forcement la meilleure stratégie, même si ça le sera peut être un jour.

 

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Actuellement un accompagnement le plus doux possible semble ce qu’il y a de plus souhaitable pour l’abeille : minimiser les interventions sur les ruches tout en sélectionnant les colonies les plus fortes ainsi que la conservation des écotypes d’abeilles noires locales (un peu comme les variétés rustiques de pommes anciennes adaptées à chaque région qui nécessitent moins de traitement ou d’accompagnement).

Le travail politique et pédagogique sur l’agriculture et la civilisation industrielle n’est pas à délaisser pour autant. Faisons en sorte qu’une « apiculture » de conservation ne remplace pas la tache principale de toute personne militant pour l’écologie 😉

 

 

Références et notes de l’auteur :

1 https://www.abeillesenliberte.fr/les-champignons-aux-petits-soins-pour-les-abeilles/

2 https://fr.rbth.com/tourisme/2013/06/16/du_miel_veritable_24079

3 https://permacultureprinciples.com/fr/fr_principle_10.php

4 On parle ici de miel ou de pollinisation : ce qui intéresse le plus les humains avec notre conception actuelle de l’«environnement »

 

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