LES ORIGINES IDEOLOGIQUES DE LA PERMACULTURE ( suite) , une culture pérenne ?

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Explication du schéma au fur et à mesure du texte.

(La première partie de l’article sur les origines idéologiques de la permaculture finissait sur les communautés hippie , l’ampleur du mouvement de retour à la terre dans les années 70 et comment tout ça est connecté à l’émergence de la permaculture , j’enchaîne ici , sans transition sur une généalogie de mouvement ).

Bien sûr, il y a eu plein de phases de retour à la terre tout au long de l’Histoire , et parfois pour des raisons différentes , en l’occurrence la phase  des années 70 est directement affiliée à la beat generation , Jack kerouac, Allen Ginsberg, William Burrough ou Lenore Kandel.

Ces derniers étant eux- mêmes issus de courant de pensée trouvant une origine directe  dans des mouvements, disons de “pré-hippie”. Sur le schéma ci- dessus on peut voir la Lebensreform, le Wandervogel et le Volkisch qui sont des mouvements de jeunes Allemands qui débutent au 20ème siècle,et qui avaient eux aussi leur propre contre culture , inspirée de poètes et d’auteurs Romantiques, squattant dans de vieux châteaux et pratiquant le végétarisme et le nudisme.

Monte Verità en Suisse était un des hauts lieux de la culture excentrique et vagabonde de l’époque, on y trouvait déjà des gens jardinant nus , mêlant art, projet politique et expérience conviviale au début du 20éme siècle.


Un groupe de Nerother Wandervogel à la veillée

On retrouve d’ailleurs beaucoup de lignées idéologiques nées pendant le Romantisme et trouvant une continuité culturelle dans différents mouvements de gauche d’hier et d’aujourd’hui.(1)

Temps mort please ! : Romantisme → hippie → permaculture / alternatif , c’est quoi ce raccourci ???

Essayons de faire simple : tout influence tout le monde , aujourd’hui la politique d’LREM est peut- être autant inspirée du Romantisme que la Perma , pour autant on ne peut pas dire que ces 2 groupes sociaux sont les mêmes.

Toutes les personnes pratiquant un retour à la terre ne sont pas non plus de gauche, comme les survivalistes individualistes américains et leurs homologues européens(2). Il y eut aussi des retours à la terre Amish qui ne sont pas, que je sache , des mouvements affiliables à la gauche(3).

L’analyse de la Permaculture comme étant une idéologie de gauche mériterait peut- être un développement un peu plus appuyé pour les plus taquines et taquins d’entre vous, ce qui pourrait être le sujet d’un autre article en soi, mais ce n’est pas le sujet ici. Pour la suite du propos, sachez juste que je considère la Permaculture comme étant une mouvance de gauche , de par sa continuité culturelle , ainsi que d’une observation simple de la faune permaculturelle d’hier et d’aujourd’hui comme étant principalement constituée de baba cool ou d’anars, certains malheureusement plus libéraux(4) que d’autres avec une part grandissante de centristes ou de droite molle qui se qualifient eux-mêmes “neutres” ou « apolitiques ».

Je ne néglige pas non plus l’importance ( de par le nombre) des permaculteurs et permacultrices affiliés à différentes philosophies de droite comme on le trouve dans les milieux survivalistes, confu (5) ou réac (6) d’aujourd’hui. Il est difficile d’en évaluer le nombre , mais ils ne composent pas l’essentiel de la “matière permaculturelle” d’aujourd’hui.

Pour finir, je citerai différents aspects dérivés de la culture romantique toujours bien présents dans l’écologie et la culture alternative d’aujourd’hui , milieu dans lequel évolue principalement la Permaculture. ( ces thèmes se retrouvent aussi dans la culture occidentale en général) .

Les thèmes issus directement du Romantisme :

  • La nostalgie du passé ,on idéalise ici un passé idyllique perdu , dans lequel les hommes ( et les femmes?) vivaient dans une culture saine et durable.
  • L’idéalisation d’une Nature pure, culte d’une nature bonne et féconde, panthéisme voire dieux anciens, etc .
  • L’idéalisation de l’individu héroïque et aliéné ,dans lequel les adolescents  torturés aiment à se retrouver. Thème que l’on retrouve particulièrement dans les courants gothique et  emo punk .

Des thèmes dérivés du Romantisme , qui font leur chemin .

  •  Le mythe du bon sauvage, toujours bien présent chez les écolos, qui essentialisent(7) les personnes issues d’autres cultures que la leur, souvent plus proches de la nature, en les qualifiant de primitifs ou premiers ou simplement en les réduisant aux aspects de leur culture qui les arrangent.
  •  L’état de Nature, https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat_de_nature où l’on sépare l’homme de la nature ,où l’on réduit la société et la culture humaine à la culture des grandes civilisations, notamment occidentales.
  • Critique du dogme , de la hiérarchie ( de la corruption ) mais du coup aussi de toute forme d’organisation ou d’une quelconque structure.

Thème par extension :

-Rejet de “la décadence de la vie urbaine” pour une supériorité morale de la vie rurale,

-Pratique spirituelle basée sur le mysticisme et les états de conscience altérée.

-Amour libre, poli amouri, mariage de groupe.

Venons- en au point :

J’ai ici recopié un tableau présent dans le livre DGR deep green resistance ,de Jensen, Keith et McBAy publié aux éditions libres.

Pour ceux qui se demandent le rapport entre le tableau et la Perma , remplacez simplement la case CULTURE ALTERNATIVE par : DOGME AU SEIN DE LA PERMACULTURE(8), le tableau ci- dessous fait écho au schéma du début d’article où l’on peut retrouver les mouvements Alternatif et leur origines d’un côté et les véritables cultures de résistance de l’autre.

LES DIFFÉRENCES ENTRE LA CULTURE ALTERNATIVE ET LA CULTURE D’OPPOSITION

CULTURE ALTERNATIVECULTURE D’OPPOSITION
Apathique voir hostile au concept d’engagement politiqueL’engagement dans la résistance est conscient
Le changement est considéré sur les plans psychologique et culturelLe changement est considéré sur les plans économique et politique
La conscience personnelle est la cibleLes institutions matérielles sont ciblées
Valeurs adolescentes de mouvement de jeunesseValeurs adultes de discernement et de responsabilité
Toute autorité est rejetée en blocL’autorité légitime est acceptée et cultivée
Le jugement moral est rejetéLe code moral solide est fondé sur les droits humains universels
Les conventions sont attaquées. Toutes les limites sont des cibles légitimes : provocationLes structures de pouvoirs sont attaquées
L’individu aliéné est valoriséLa loyauté et la solidarité sont valorisées
Le but est de ressentir des émotions intenses “authentiques” sans médiation.Les buts sont des préoccupations d’adultes: guider la communauté, socialiser les jeunes, faire respecter les normes, participer aux projets plus vastes de réparer le monde
Politique émotionnelle dans laquelle les ressentis l’emportent sur la stratégie ou la tactique effectivesPolitique de communauté qui valorise la responsabilité, l’aide mutuelle, le travail éthique dépendant de l’autorégulation d’adultes matures
La politique est ce que vous êtesLa politique est ce que vous faites
Les relations humaines sont corrompues dans les actions de résistance politique : seule la bonne conscience peut prévaloirLes relations humaines sont corrompues par les systèmes de pouvoir et d’oppression ; la justice doit prévaloir, même si ça prend des générations
La défection générale est la stratégieDésengagement des systèmes d’oppression et retrait du soutien des oppresseurs, mais engagement actif pour stopper l’injustice
Force morale de la jeunesse inactive : hostilité horizontale et questions d’appartenance au groupeL’idéalisme est tempéré par l’expérience
Appropriation culturelleRéclamation et protection culturelle ( groupes opprimés) respect culturel, solidarité politique ( alliés)

Voilà pour les origines de la Perma. Cet article conclue la première partie de l’étude sur l’ historique et les origines , je vais bientôt publier les 2 parties suivantes dans les prochains mois :

Partie 2 : QU’ EST- CE QUE LA RESILIENCE ET L’ECOLOGIE ? PISTE DE REFLECTION SUR LA PERTINENCE DU PROPOS, où j’essaie de décrire et de comparer la vision prédominante dans la culture alternative et la Permaculture ( qui est déjà différente de la vision la plus populaire du développement durable et de l’écologie ) avec d’autres manières d’analyser la résilience, l’écologie et l’effondrement

Partie 3 : PISTE D’ACTION ET SUGGESTION DE NOUVELLE DYNAMIQUE DANS LE MOUVEMENT . Il s’agit ici d’apporter une contribution, de rassembler mes recherches avec celles des personnes réfléchissant sur le sujet des stratégies et des tactiques, notamment politiques pour faire avancer le Schmilblick ^^.

A bientôt. Vous pouvez contribuer en m’envoyant des mails ou des commentaires.

(1) Comme l’idéalisation de peuples indigènes   ( mythe du bon sauvage ) ou encore l’idée d’un passé idyllique perdu.

(2) Les éditions  Kontre Kulture, de Soral, publient le livre de  Nicolas Pézeril, connu aussi sous le nom de Fabre pour l’édition, est un permaculteur français , spécialisé en arboriculture et en plantes pérennes notamment.

(3) Gauche ideologique , ideologie progressiste socialiste etc et/ou gauche de parti (politique)

(4)J’utilise ici le terme libéral dans le sens politique du terme  c a d des personnes qui adhèrent à une idéologie plutôt capitaliste , patriarcale , néocoloniale, etc. J’oppose ici le terme libéral à radical, quelqu’un qui aurait une approche plus radicale et militante face au capitalisme et qui serait engagé dans les luttes  et mouvements sociaux relativement mieux organisés ou coordonnés.

(5)Qu’est- ce que le Confusionnisme ? : https://paris-luttes.info/le-confusionnisme-un-danger-pour-4564

(6) Définition réac : de réactionnaire , opposé aux progrès , conservateur .Comme dit Simone de Beauvoir : “Les types qui se déclarent apolitiques , ce sont des réactionnaires, fatalement.”

(7) Explication du terme https://www.facebook.com/indigneducanape/posts/1786392891426456/

(8) J’entends par là le mouvement de la Permaculture tel que défini dans l’article d’intro de l’étude https://associationmycorhize.wordpress.com/2019/09/07/les-limites-politiques-de-lecologie-etude-de-cas-dans-la-permaculture/

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Les origines idéologiques de la Permaculture.

Note : pour une définition des termes du sujet : permaculture, politique etc, voir l’article d’introduction de l’étude.

 Celles et ceux qui ont lu l’article précédent comprendront pourquoi je pense que la Permaculture est très politique. Celles et ceux qui lisent entre les lignes ont deviné que je pense qu’il y a une forme de choix politique délibéré au sein du mouvement permaculture. Par exemple le choix d’éviter de  prendre part aux différentes formes de luttes politiques, sociales ou environnementales organisées ou bien d’éviter toute logique de “parti” (1).

A plusieurs reprises, bien que ce ne soit clairement inscrit nul part, on peut lire ou deviner que les pionniers Bill Mollison et David Holmgren (2) sont assez hostiles aux grandes infrastructures et aux institutions (gouvernementale, religieuse ,entrepreneuriale / business).

On sait donc que, bien qu’ ils ne s’identifient pas aux structures ci-dessus , voire méme qu’ils ne s’y opposent pas, le plus souvent, les pionniers essayent de faire preuve d’une forme d’indépendance d’esprit , comme si eux-mêmes et leur concept ne se rattachaient  pas à une idéologie définie ou à un apparentement politique.

Comme décrit dans l’article précédent, les permaculteurices, d’hier et d’aujourd’hui parlent plus  de leur concept comme étant du « bon sens » (3)  : une forme de synthèse de différentes façons de s’organiser et de produire, de manière équilibrée et durable.

Dans cet article, mon objectif  n’est pas d’enfermer la Permaculture dans une case, qui ne lui correspondrait pas. 

Je souhaite comprendre et partager une analyse sur  l’origine et les fins de la Permaculture.

Celles et ceux qui ont assisté à un cours d’introduction à la Permaculture ou bien un cours de conception en Permaculture  sont familiers avec les origines techniques de la Permaculture, et de ses précurseurs ( Odum, Smith, Yeomans, Alexander etc… )

Pour des questions pratiques, nous n’avons pas le temps dans ces cours de Perma (type CCP) d’étudier les origines idéologiques ayant donné naissance aux concepts :

 (clique droit , afficher l’image pour voir en grand )

Vous excuserez le coté simplifié des domaines d’appartenances des différents ouvrages cités dans le schéma, bien entendu ces auteur/trices  piochent dans plusieurs domaines (ex: à la fois architecture , paysagisme et agriculture ), l’idée ici étant de symboliser les domaines d’appartenances principales auxquelles les permaculteurices font référence.

Mais ça intéresse qui les origines idéologiques de la Perma ?

En plus , tout le monde pourrait s’approprier la Permaculture ( en tant que descendant idéologique) :   que ce soit les scientifiques (de la psychologie environnementale) , les anarchistes de l’associationnisme ( Max Stirner ), les  mouvements anti-guerre du Vietnam ou même les Romantiques ( du Romantisme) , chacun de ces mouvements pourrait se dire précurseur de la Permaculture, à juste titre.

De plus je pourrais tout à fait orienter mes recherches pour vous prouver qu’elles sont justifiées. Ce qui est souvent reproché aux sciences dites molles ou douces (sciences humaines et sociales, auxquelles j’essaye de me référer dans les recherches sur ce sujet).

Bon clairement j’essaie de faire passer un message : la Perma doit changer, il y a pas mal de points sur lesquels je ne suis pas d’accord quant à l’organisation de ce qu’on appelle la Permaculture d’aujourd’hui, et je pense qu’une des « limites » de la Permaculture vient de ses origines idéologiques, qui AMHA sont bien plus souvent suivies que choisies.

Historique de la Perma et contextualisation :

 “At the time of the appearance of Bill and David’s book, something of a social revolution had been going on in Australia for the previous seven years and more. Over that time the restive, creative edge of the youth demographic had been searching for a different way of living that incorporated emerging ideas on the natural environment, food, technology, lifestyle and human purpose.” (4)

David et Bill ne sont pas à l’origine du concept de “communauté résiliente et autonome”, ils ont fait une synthèse pertinente d’un ensemble d’idées et d’initiatives déjà  bien en place dans les années 70 : le retour à la terre, une quête de sens pour trouver une alternative à la destruction de l’environnement et à la surconsommation. 

Les Baby-boomers étaient en pleine crise existentielle , et leurs aspirations menèrent certains d’entre eux à différentes formes de “ Permaculture lifestyle” , peut être moins bien organisées et ficelées que le “système de conception permaculturelle” , mais néanmoins la plupart des bases idéologiques et pratiques que l’on retrouve dans la Permaculture trouvent leur origine dans la contre culture des année 60 , mais aussi au côté de différentes organisations politiques de l’époque comme le mouvement contre la guerre du Vietnam ou encore des organisations communistes , socialistes ainsi que les mouvements pour les droits civiques (5).

Ce qui m’intéresse dans les origines idéologiques de la Permaculture c’est bien les motivations ayant poussé les premier(e)s permaculteurices et plus  largement les baby-boomers du mouvement “back to the land” à qui, à “ un système de conception près “je les apparente(6). à choisir comme stratégie politique, les fermes autosuffisantes, l’écologie pratique, le collectivisme etc . 

 Cette question est toujours d’actualité , nous pouvons observer une  continuité culturelle (7) entre  les alter/écolos (8)  d’aujourd’hui, et la contre culture européenne des années 60/70 

En suivant la piste de la continuité culturelle , commençant dans les années 70 (9) par exemple , il est intéressant de savoir d’où viennent toutes ces idées sur le retour à la terre et à un mode de vie simple. Certain(e)s diront que c’est tout simplement du “bon sens”, sujet sur lequel je ne reviendrais pas.


Résidents devant leur maison auto construite a Tuntable falls , une des première communauté du début des années 70
il y avait de tel installation tout autour du pays, certaines continu d’exister.

Quel étaient les inspirations de la contre culture des Années 70 ?

 Plusieurs milliers de jeunes et moins jeunes se mirent alors “au vert”,  mais basés sur quelle recherche ? Sur quel processus ? 

Les sources d’inspiration principale ayant poussé certains  baby boomers à devenir des hippies sont à chercher dans la culture populaire de l’époque : artistes , écrivains, chanteur/euses ,peintre, mais aussi penseurs/euses et scientifiques. 

Différentes personnes parlent alors d’une vie simple , de retour à la nature , ou d’initiative individuelle pour changer le monde. Comme référence majeure de l’époque nous pourrions citer les livres silent spring de Carson et the population bomb  de Ehlichs,  aussi la théorie  “peak oil” de Hubbert.

            A l’époque de Woodstock beaucoup d’artistes étaient impliqués dans des initiatives de retour à la terre ou de communautés , comme Hendrix ou Frank Zappa. 

Nombre  de personnes s’installent alors à la campagne pour vivre un mode de vie sain et autosuffisant, rien qu’en France on dénombre environ 500 communautés hippies dans les années 70. 

Suite de l’article  la semaine Prochaine ! (avec une conclusion) 

Hésitez pas a lâcher des commentaires pour contribuer a l’étude.

1 J’entends par là un rejet de toute forme organisationnelle structurée et à une échelle plus grande qu’une simple asso, rejet de toute forme d’organisation structurée vue comme des « systèmes hiérarchiques oppressants »

2 je parle ici seulement de Bill et David par simplicité mais je pourrais facilement extrapoler le propos à toutes les pionnières et tous les pionniers ainsi qu’aux acteurices de la perma d’aujourd’hui 

3 Voir article précédent pour une micro analyse du « bon sens ».https://associationmycorhize.wordpress.com/2019/09/24/1ere-partie-la-permaculture-est-elle-apolitique/

4 https://pacific-edge.info/2010/10/the-permaculture-papers-2-the-dawn/ , un bon article sur l’historique de la perma

5 Mouvement afro-américain et aussi  dans la plupart des pays appliquant une ségrégation dont l’Australie : voir  Fights for Civil Rights

6 Ce système de conception  étant la Permaculture , je souligne ici que la Perma n’est qu’un système de conception mais tout ce qui la compose (technique  de culture , gouvernance, architecture etc sont des techniques existant dans le cadre d’une culture précise ou d’un groupe social : ici les hippies et autre “back to the lander”

7 Définition de continuité culturelle/ cultural continuity :  https://www.oxfordreference.com/view/10.1093/oi/authority.20110803095652809 , Ici le terme est utilisé pour parler de la continuité et de la transmission de pensée au sein de différents groupes sociaux, qui permet de retracer l’origine et le développement des idées autour de la Perma et du retour à la terre. 

8 Alter ecolo : les colibris, les “transitionneux” ,différents collectifs et fermes familiales recherchant l’autonomie ainsi que les anthroposophes ou autres groupuscules d’écologie pratique ( zéro déchet etc)

9  Il semblerait pour moi qu’ il n’y ait pas eu d’événement majeur entre les années 70 et aujourd’hui permettant de rompre cette continuité culturelle , le constat est le même , l’aspiration aussi :  Nous pratiquons aujourd’hui une Permaculture assez similaire à celle qui est née dans les années 70.

1ère Partie : (article 1/3)La permaculture est-elle apolitique ?

« But protest did not result in success, not in changing the industrial and political systems, nor in satisfying his need to feel that his contributions were meaningful. Two years later, the principles of permaculture began to emerge in his mind. It was the answer to his sincere goal to not “oppose anything ever again and waste time. I wanted to come back only with something very positive, something that would allow us all to exist without the wholesale collapse of biological systems.”

Rédigé par «  The Permaculture Research Institute »  à propos de Bill Mollison 

Au sein du mouvement Permaculture, et ce dès sa création dans les années 70, il y a une forme de rupture avec certaines stratégies politiques, comment est-ce arrivé et pourquoi ? 

Les fondateurs Bill Mollison et David Holmgren,

étaient tous les deux très préoccupés par la problématique de l’écologie. Je ne vais pas m’attarder sur tout le processus ayant amené nos deux compères à conceptualiser la permaculture, mais plutôt me concentrer sur l’aspect politique qui me paraît intéressant pour comprendre la démarche dans laquelle ils étaient.

Bill eu une grande expérience de terrain dans différents domaines ayant trait à l’environnement. Son Amour pour la Nature et le besoin de la protéger l’amena vers une dynamique environnementaliste. Il prit part à plusieurs luttes et campagnes de blocage  commençant à la fin des années 60 :

En temps que marin-pêcheur, il participa à une campagne pour mettre à l’arrêt une usine de transformation de poisson préparant de la farine animale pour l’élevage intensif. Ensuite il fût très impliqué dans une campagne pour préserver le Lac Pedder. Il présenta sa candidature au sénat en 1972 pour le UTG (United Tasmania Group) dont il était fondateur (premier parti écologiste australien). Il prit aussi part à la première structure pour l’agriculture biologique en Australie, The Tasmanian Organic and Farming Society1.

David vient d’un milieu plus politisé, ses parents étaient des militants membres du parti communiste australien. Ils fondèrent par la suite une des organisations les plus virulentes s’opposant à la guerre du Vietnam, d’après le dossier ASIO de Venie Holmgren1 (équivalent de la fiche S de l’époque), une femme très inspirante, militante féministe notable.

Lorsqu’il avait la vingtaine, David et son entourage étaient concernés par l’écologie, le mouvement alternatif de l’époque comprenait déjà des activistes écologistes et des gens plus dans l’écologie pratique. Il prit part à plusieurs rassemblements et meetings, d’autant que la situation était chaude :

Entre 1971 et 1972, une grosse campagne de blocage d’un projet de barrage eut lieu en Tasmanie du Sud Ouest sur la rivière Franklin2. Leur ZAD à eux, qui finit de la même manière d’ailleurs (abandon du projet),  eut un gros impact sur la sphère écolo-tasmanienne dont Bill et David faisaient partie. Bill était impliqué dans cette campagne (qui donna naissance à l’UTG). Je n’ai pas pu trouver de preuves directes de l’implication de David, mis à part sa sympathie pour le mouvement, surtout que tous ses amis de l’époque étaient probablement engagés dans le blocage (colocation avec d’autres étudiants en 1974)3.

Mais l’aspect déconnecté du terrain et trop idéologique des mouvements écologistes de l’époque incite David à se tourner vers une approche plus « pragmatique » (« hands on » en anglais conviendrait mieux) de l’écologie. La rencontre avec Bill s’accorde bien avec ce besoin de « mettre les mains dans la terre ». 

  1. Un besoin de neutralité politique dans la Permaculture

       Initialement la permaculture, comme son nom l’indique, parle d’agriculture. Elle est définie sur la couverture du livre Permaculture 1 : Une agriculture pérenne pour l’autosuffisance. Le domaine de travail et d’expertise des fondateurs est le travail agronomique et plus largement la gestion foncière, terrienne (foresterie, pêches) et l’aménagement du territoire, très présent dans le domaine dans lequel David et Bill se sont rencontrés (Department of Environmental Design). Les premières études et travaux publiéS (sous l’appellation permaculture) concernent la gestion des terres agricoles et forestières, des flux énergétiques, des animaux, de la production d’énergie ou encore de fibres. 

Les questions autour de l’impact environnemental causé par les établissements humains (ex: aggradation ou dégradation des sols) sont aussi au coeur de leur approche. Cette gestion de l’activité humaine, peu importe l’échelle, est une activité politique (politikos : ce qui est relatif à l’organisation et l’exercice du pouvoir dans une société organisée) dans le sens qu’elle s’occupe de notre mode de vie et de nos habitudes. Elle remet en cause nos moyens de production et assez rapidement la permaculture propose des modèles de gouvernance et d’organisation alternatifs, comme dans le chapitre 14 du Designer’s Manual (1988) de Bill Mollison (Strategies of an Alternative Global Nation). 

Ces modèles de gouvernance proposés par Mollison, Holmgren et d’autres pionnier·es de la permaculture sont globalement dans une même lignée, celle de démocratie plus directe et horizontale, basée sur une décentralisation du pouvoir et le remembrement des instances décisionnaires par des modèles plus représentatifs de la diversité de la population.

Dans les références politiques des concernés, nous pouvons citer Peter Kropotkine et Murray Bookchin,(apparentement réfuté par Bill Mollison mais pourtant bien réel4), Titmuss, George Allen et Unwin1&5.

Rupture ?

Il n’y a donc pas de rupture chez les pionnier·es avec la politique en tant que telle : l’art de se gouverner et de s’organiser est bien présent dans leur thèse, ainsi que les enjeux écologiques et sociétaux que pourraient impliquer des changements de comportements et d’institutions. Il y a aussi des stratégies (à mon avis insuffisamment re considérées aujourd’hui) pour réussir à colporter l’idée et à rendre les théories permaculturelles applicables par un nombre conséquent d’individus et ainsi apporter un changement tangible à nos sociétés.

Comme dit Rafter Sass Ferguson : 

“If you’ve disguised your revolution as gardening too well, for too long, you may in fact just be gardening.”

« Si tu déguises ta révolution en jardinage trop bien pour trop longtemps, tu peux, en fait ne faire que du jardinage…. « 

 (Je propose que l’on répète ça comme un mantra pendant 1h au début de chaque atelier sur le sujet Perma et compagnies6)

Il y a du moins rupture avec une certaine idéologie et une certaine vision de la politique, qui furent très vite évincées par les fondateurs, notamment Bill Mollison qui  rendait tabou deux sujets de discussion dans ses PDC : la spiritualité et la politique7&8.

Mais alors de quelles politiques parle-t-on?

Dans les PDC il y a une partie sur la politique à proprement parler : gouvernance, intelligence collective, structure invisible, organisation en bio-région, économie locale etc.  

Pourtant Bill Mollison rend tabou le sujet de la politique dans le cadre de ses PDC, il ne doit donc pas parler de la même politique que moi ? 

Lorsqu’un·e formateurice en permaculture dit que la permaculture ce n’est pas de la politique iel ne parle pas de politique en tant que telle mais de politique dans le sens de « Le politique9 » c’est-à-dire l’expression actuelle du monde politique : la gauche, la droite, les partis, le vocabulaire et les discussions qui en découlent. 

La volonté du formateurice ou du représentant·e de la permaculture (démarche  identique chez pas mal d’écolos) au moment ou iel sort des débats politiques «conventionnels», c’est-à-dire du politique, est d’afficher une neutralité politique. Cette neutralité sert à concentrer le sujet sur une notion redondante dans le milieu de l’écologie : la fameuse logique et le bon sens … illustrés à plusieurs reprises dans les livres et discours des permaculteurices : 

– « it is possible to agree with most people, of any race or creed on the ethics of life-centred ethics and commonsense procedures across all cultural groups » (Mollison, Designer’s Manual, P 508)

– « L’origine de ce qu’on appelle la permaculture remonte au Néolithique, aux origines de l’agriculture. C’est ce qu’on appelait le bon sens,  à une époque où l’humain vivait avec / grâce à / la Nature sans autre énergie que celle de ses bras, de son intelligence et de la connaissance de son milieu. » (prisedeterre.net )10

Le bon sens

Toute personne ayant passer du temps dans le milieu de la Perma aura entendu cette notion de  « bon sens » à de multiples reprises. Moi-même j’utilise ce terme pratique et pédagogique mais il faut avouer que c’est un sacré raccourci :

La logique, le bon sens … Ces concepts sont extrêmement relatifs et ont déjà servi de justification pour les pires idéaux comme les meilleurs. Tout comme la vérité ou l’objectivité, le bon sens dépend de la personne qui l’exprime. Il est bien souvent différent du bon sens d’une autre personne venant d’une autre culture avec d’autres coutumes, ayant donc un autre bon sens, dans lequel le bon sens de la première personne est du mauvais sens. 

Je sais que ces concepts sont connus de toustes mais il me semble juste de les rappeler car le manque de contextualisation (universalisme permaculturelle et républicain ?)  que montre mes contemporains me paraît faire abstraction de toute capacité de discernement /distanciation (=capacité de se remettre à sa propre place dans un propos pour éviter d’y intégrer les autres malgré elleux)11.

Ce bon sens dont parlent les permaculteurices semble faire la promotion d’un monde en transition sur une logique cyclique et dynamique permettant une certaine forme d’autorégulation. L’ambition est d’apporter des solutions aux catastrophes environnementales et sociétales causées par les grandes civilisations : jouîr  des ressources naturelles équitablement ; créer des écosystèmes foisonnant de vie qui augmentent la productivité, la pérennité et la résilience d’un terroir et des communautés humaines et non-humaine qui y vivent. (Voir éthiques, principes et fleur d’application de la perma pour le champs d’action possible du domaine).

Quand on questionne un·e écologiste ou un·e permaculteurice sur ce qu’est le bon sens iel fait souvent la promotions des idées suivantes :

(liste non-exhaustive)

-un respect de l’environnement

-zéro pollution (parfois zéro déchet aussi) 

-aggradation du patrimoine naturel

-promotion et enseignement de modes de vie durables  

-prendre soin des autres et des plus démunis

-utiliser des moyens de production issus de modèles traditionnels plutôt qu’industriels

(- ect.  encore une fois : éthiques, principes et fleur)

Tout ceci est très politique, les permaculteurices sont donc très politiques. Iels ont des idées sur comment changer le monde. Iels font aussi la promotion de ce mode de vie et des idéologies qui en découlent. Iels sont donc partisan/ne d’une idéologie ( la permaculture ) 

La stratégie

En revanche, leur stratégie diffère des stratégies politiques habituelles9 : pas de parti politique, pas de manifestation (même si ça va peut-être venir12). L’exemplarité et l’écologie pratique sont mises en avant plutôt qu’une volonté de “renverser le pouvoir”.

L’utilisation du prosélytisme et/ou de la force est généralement rejetée car qualifiée comme étant une stratégie “top down” du sommet à la base, comme si chaque mouvement utilisant ces stratégies avait pour but de recréer un parti ou un Etat qui allait re chapeauter le pays de manière autoritaire.

Dans le cas ou des mouvements utiliseraient ces stratégies (prosélytisme, militantisme, utilisation de la force, action organisée, blocages et toutes autres actions qualifiées comme politique par les ““““apolitiques””””) mais ayant pour objectifs clairs de ne pas recréer de parti ou d’Etat chapeautant le pays “ par le haut”, comme des organisations libertaires par exemple,  alors il est dit de ces mouvements qu’ils y existent des phénomènes de pouvoir et de domination en leur sein (comme si organisation et “ligne de commandement” allaient de paire avec domination, autoritarisme et pouvoir).

Dans l’idéologie politique permaculturelle13, on entend souvent parler d’une stratégie “Bottom up”, c’est-à-dire une structure ascendante qui partirait d’initiatives populaires.  Pour les permaculteurices, un mouvement “bottom up” veut dire des initiatives d’écologie pratique à échelle locale. Un groupe populaire qui prendrait part à une activité militante basée sur un héritage plus politisé (dans le sens que l’on peut l’apparenter à un mouvement social identifiable par une couleur ou une idéologie politique) rentre, pour les permaculteurices, dans une démarche “top down“ ascendante. Car iels prennent part à une activité basée sur des stratégies politiques donc iels veulent prendre le pouvoir par le haut14. Cette annalyse des mouvement top down et bottom up me parait etres un gros raccourcis …

De manière générale dans les pays occidentaux,  où la permaculture est principalement développée aujourd’hui, je peux dire que la stratégie politique de la permaculture9 est détachée voir désolidarisée des stratégies insurrectionnelles ou subversives, malgré que beaucoup d’écolos pensent que le jardinage soir subversif … (Bill Mollison “growing your own food is shockingly subversif”15)

Nous pouvons tout de même noter quelques rares exceptions où l’on trouve des projets inspirés de la conception permaculturelle dans des milieux plus politiser commes les zads par exemples. 

voila pour un petit topo sur la perma et la politique, le prochain article est sur les origines idéologiques dans lesquels la permaculture prend ses sources, car vous vous en doutez , elle n’est que l’inspiration d’un mouvement déja bien en place dans les années 70,80 ( back to the land , hippie ect)  .

envoyé des commentaires et des remarques pour amélioré le taff !

Références (en gris) :

1 :  “David Holmgren On The Social And Political Underpinnings Of Permaculture” de Fionn Quinlan

2 : Franklin Dam controversy sur Wikipédia (article wiki désolé mais article le plus lisible et clair sur le sujet)

3 : “David Holmgren farewells Bill Mollison, the father of permaculture” extrait de Permaculture Diary 2011 de David Holmgren recueilli par Michele Margolis

4 : « Permaculture (Point de vue 2) ». lapenseeecologique.com. Dictionnaire de la pensée écologique. 1 (1) Léger François, Sass Ferguson Rafter et Kevin Morel. 2017. 

 https://lapenseeecologique.com/permaculture-point-de-vue-2/

5 : Permaculture 2 de Bill Mollison

6 :  désolé petit craquage ça ne se reproduira peu !

7Travels in dreams de Bill Mollison, extrait >>ici>>

8 :   “ Unfortunately my teacher Bill Mollison had a hard and fast rule of no spirituality (“woo-woo”) and no politics in permaculture classrooms.” extrait de “Permaculture: deep roots and the growing canopy” de Scott pittman

9 : référence au premier article pour comprendre ce que j’entends par “politique“ “Les limites politiques de l’écologie : étude de cas dans la permaculture”de Arthur Hubert  

10 : “La permaculture, ques aquo?” de Mathieu Foudral

11 : Pour aller plus loin :

 Dans la sous-partie 3 de l’étude  “Un universalisme dogmatique” (qui sera publié dans 2 ou 3 articles), j’essaie d’expliquer plus longuement une critique que je fais à mes camarades écolos et permaculteurices. Je tente d’expliquer pourquoi l’universalisme et le fait de prendre le point de vue de sa culture personnelle, quand elle est blanche et masculine,  comme référence systématique (bon nombre d’entre nous le faisons tout le temps sans s’en rendre compte, moi y compris) peut parfois être contre productif par rapport aux objectifs ou aux éthiques que se sont fixés ces mouvements.

12 : www.resistanceclimatique.org (appel aux rassemblement par des gens former a la conception permaculturelle )

13 : “Why planning needs top down thinking and bottom up action” de Andy Goldring

14 :  “ Permaculture activism in the Brown Tech Future” sur holmgren.com.au

Les limites politiques de l’écologie : étude de cas dans la permaculture

Arthur HUBERT, co-fondateur et animateur sur les stages de l’association Mycorhize, partage ici quelques écrits d’une étude sur : « Les limites politiques de l’écologie : étude de cas dans « la permaculture ».

Cette etude est rédigé dans le cadre d’un mémoire pour un DPA (Diplôme de Permaculture Appliquée), une fois terminé il respectera la tradition permaculturelle et sera diffusé et accessible librement (en ligne). L’objectif d’Arthur est de lancer une réflexion commune afin d’enrichir le sujet, les commentaires sont donc les bienvenus (ils seront publiés automatiquement et feront l’objet d’une modération éventuelle par la suite). Vous pouvez aussi lui envoyer des mails directs : arthur.feral@gmail.com

Plusieurs extraits du mémoire seront publiés, ils vous permettront de comprendre la logique de l’étude et de l’analyse qui en découle. Environ 7 ou 8 articles dans les prochains mois qui, nous l’espérons, apporterons des réponses, des questions, des débats afin d’alimenter en intelligence collective sa réflexion, nos réflexions à toustes.

« Les limites politiques de l’écologie : étude de cas dans « la permaculture »

(EXTRAIT DE L’INTRODUCTION, PRESENTATION DE L’ETUDE)

Portrait d'Emiliano ZAPATA
Portrait d’Emiliano ZAPATA sur la ZAD de NDDL 
Je me considérais comme relativement apolitique…

Les solutions aux problèmes environnementaux et sociaux de notre époque venaient, selon moi, de solution alternative comme faire son jardin, être autosuffisant, développer une économie locale et s’affranchir des énergies fossiles.

« Apolitique » car ce que proposait le monde politique n’avait rien à m’offrir ou tout du moins m‘était secondaire et venait se placer derrière « l’exemplarité » qui me semblait la meilleure stratégie pour être « acteurice de changement ».

Pour plus de clarté, définissons un vocabulaire commun

« Le politique est la science du gouvernement des Hommes. » Platon

Selon qui l’on est, nous définissons « politique » de manière différente. Il y a une définition ambivalente qui me convient :

La politique concerne tout ce qui a trait au « champs politique » c’est-à-dire le pouvoir explicite légitime, la classe politique, les parties politiques, les décisions politiques. Dans certaines définitions Le politique concerne l’instance responsable du maintien de l’ordre établi dans une société, ce n’est pas nécessairement un Etat.

Le politique est une activité sociale dans laquelle les membres d’une société établissent, modifient les normes de leur collectivité et décident ensemble de leur avenir. Il y a un principe d’autonomie dans Le politique, souvent présent dans l’Histoire au moment des révolutions (démocratie (plus?) directe)

« Les limites politiques » j’entends « limites » dans le sens anglais « boundaries » illustrées dans les principes de conception comme : « Utiliser les interfaces et valoriser les éléments en bordure » (David Holmgren). Dans la conception en permaculture il est de rigueur de connaître les limites d’un projet, de les utiliser et de les valoriser.

Depuis quelques années le terme Permaculture est devenu plus courant dans le monde francophone. Pour plus de compréhension dans la lecture de l’étude, je vous donne ma définition de la permaculture.

J’adhère à la définition la plus couramment employée par toute personne ayant participé à un Cours de Conception en Permaculture (CCP ou PDC en anglais) : « La permaculture est un système de conception basé sur une éthique et des principes que l’on peut utiliser pour concevoir, mettre en place, gérer et améliorer toutes sortes d’initiatives individuelles, familiales et collectives en vue d’un avenir durable. » (D. Holmgren)

J’ajoute aussi une autre définition du terme permaculture en tant que mouvement. Cela ne fait pas l’unanimité au sein des permaculteurices d’aujourd’hui, notamment à cause de choix délibérés de leurs parts qui, à mon avis, sont liés à la dépolitisation du dit mouvement.

Définition de mouvement selon le programme de SES de l’éducation nationale : « Un mouvement social désigne toute action collective visant à changer les comportements et/ou les institutions en un sens favorable à un groupe actif et organisé. On parlera donc de mouvements sociaux pour qualifier toute action collective revendicative visant à transformer l’ordre social existant. »

Le mouvement permaculture : j’entends par là tout ce qui rayonne autour de la Perma depuis la publication du premiére article intitulé  » Permaculture System for Southern Australian Conditions » en 1976 par Bill Mollison et David Holmgren. Cela comprend les points de vue de personnes n’ayant pas participé à un CCP ou lu de livres sur le sujet et réduisant le terme à du jardinage biologique ou du développement personnel.

En fonction du contexte j’emploie « permaculture » dans le premier ou le deuxième sens du terme. Souvent j’utilise « la Perma » pour parler du mouvement général. J’essaierai de préciser aux lecteurices mais la plupart du temps il est possible de déduire de quelle permaculture il s’agit.

Pour que les lecteurices comprennent le domaine d’étude ainsi que mon positionnement je parlerai de mon expérience dans le domaine de la permaculture.

A 17 ans je quitte le lycée agricole pour apprendre et expérimenter la permaculture et les disciplines associées. Les longues heures assis en classe à ne rien faire me poussent à chercher une alternative au système scolaire et professionnel.

Je prends alors le large pour vivre dans des fermes et des collectifs utilisant la conception permaculturelle ou visant un certain niveau d’autonomie. Mon but est de récolter le maximum de savoirs faire pour, un jour, pouvoir développer mon propre éco lieu.

Après avoir passé plusieurs années à travailler comme ouvrier dans les domaines de l’agriculture, l’éco construction ou le paysagisme, je participe à des formations plus théoriques comme le CCP et des ateliers spécialisés (arboriculture, gouvernance partagée, construction de projet).

La remise en question de grands principes et de convictions fait partie de la philosophie de la permaculture. En tant que jeune permaculteur j’applique les principes et je questionne :

La permaculture est elle une philosophie libérale compatible avec un capitalisme vert ?

Dans cette étude j’étudie d’abord le mouvement Permaculture et ses positionnements idéologiques, dès sa fondation dans les années 1970, ainsi que les motivations ayant poussées les pionniers à choisir certaines stratégies plutôt que d’autres, jusqu’aux interprétations modernes du concept par nos contemporains. Vient ensuite une analyse de certains dogmes (ou principes?) présents dans le mouvement. Certains amenés consciencieusement par les pionniers ( et par la suite par les pionniers et pionnières) ou découlant de l’interprétation variée des acteurices de la Perma.

Suite à l’analyse des différentes idées reçues et des points de vue les plus courants dans le milieu de la perma et de l’écologie, j’essaie de redéfinir les termes couramment employés comme « résilience », « durabilité » ou « écologie » que nous interprétons différemment, selon qui nous sommes. Selon moi nous imprégnons ces termes de notre point de vue personnel voire de celui de notre classe (au sens marxiste du terme).

Enfin, j’analyse des stratégies et des tactiques utilisées par les permaculteurices ou d’autres mouvements écolo. Ces stratégies seront comparées avec celles d’autres mouvements populaires en France ou à l’étranger ayant des objectifs communs (réduction de la pollution et équité sociale par exemple) comme les zapatiste, le PKK (kurdes) ou bien les révoltes de Bougainville par l’ARB (en ex Papouasie-Nouvelle-Guinée).

Pour conclure, j’apporte une contribution en suggérant de nouvelles pistes d’action et une dynamique différente dans l’approche de certains concepts et croyances en permaculture, dans le sens CCP/design et mouvement (nddl voir plus haut) ce qui pourrait à mon sens améliorer le système pour le rendre plus durable, résilient, écologique, efficace …

Comme expliqué plus haut, d’autres articles sont à venir. N’hésitez pas à commenter, débattre ou apporter une contribution. Les questions stratégiques des mouvements populaires pour l’écologie et l’équité sociale me paraissent primordiales.

Assassinat de Cacique EMYRA, août 2019

 

Une pensée à Cacique EMYRA et toustes les autres tombées en défendant leur terre.

Fabrication de ruche tronc en Pays cévenol avec Henri Giorgi

Henri, un personnage assez incroyable du paysage cévenol

Amoureux des grands espaces, du sports et de la Nature, Henri a travaillé pendant plusieurs dizaines d’années dans l’apiculture conventionnelle. Approchant la fin de carrière sa comptable de l’époque lui conseilla d’investir dans une belle miellerie toute neuve … Henri décida d’arrêter l’apiculture conventionnelle.

Quelques années plus tard il s’intéressa aux ruches tronc et à l’apiculture fixiste

Les rencontres avec de vieux cévenols témoignant de l’apiculture d’antan et le contact avec ses amies « melifera melifera » nourrient la passion d’Henri pour les abeilles et les courants d’apiculture les plus naturels. Il observa beaucoup les vieux ruchers tronc et s’intéressa aux travaux actuels sur les souches d’abeilles noires et sur les capacités de l’abeille à s’adapter aux difficultés de notre époque, en agissant sur les colonies d’une manière plus douce et moins interventionniste.

Les ruches tronc

Présentes sur presque tous les continents, abordant des formes et des particularités très variées, les ruches tronc témoignent d’anciennes méthodes, pleinement inspirées de la tendance naturelle des abeilles à nidifier dans les vieux troncs creux.Henri étudia les ruchers traditionnels et leur fonctionnement mais il y apporta ses connaissances et celle de ses compères apiculteurs/trices ou entomologues pour mieux s’adapter aux insectes mellifères.

verso-livre

Par exemple en exposant moins les abeilles au plein soleil comme c’était le cas avant dans les ruchers placés sur des éperons rocheux plein sud, véritable four solaire. Mais aussi en espaçant plus les ruches et en augmentant légèrement leur taille pour moins pousser les abeilles à l’essaimage ou à la production de miel.

 

 

 

Henri donne des stages de fabrication de ruche tronc cévenole

Les ruches tronc fabriquées au cours des stages d’Henri ne sont pas parfaitement identiques à celles d’antan. De toute façon, même les vielles ruches tronc sont toutes différentes, d’une vallée à une autre, d’un fabricant à un autre. Les ruches d’Henri sont de véritable œuvre de Land’Art. Elle sont un formidable abri pour les abeilles, de bien meilleur goût que les ruches Dadant et bien plus durables (jusqu’à 250 ans de durée de vie facile!). 

 

Plus d’informations et d’apprentissages dans le livre « La Ruche Tronc, Une apiculture d’accompagnement des abeilles » de Henri Giorgi

Chantier participatif en mai dernier

Permablitz « keyhole » et technologie adaptée

Comprenez un chantier participatif pour construire une butte de culture en forme de trou de serrure adapté aux besoins de la propriétaire.

Le dimanche 19 mai 2019, une dizaine de volontaires se sont retrouvés à Bouville dans le but de construire une butte de culture surélevée qui convienne à Laurence, la propriétaire.

☀️ LE MATIN

Le début de la matinée (après avoir profité des croissants de Christophe 😉 ) était l’occasion pour les participants d’en apprendre un peu plus sur la technologie adaptée, un thème à part entière en Permaculture (cf La Fleur de Perma).

Laurence nous a exprimé son souhait de rapprocher le handicap et la permaculture, un projet d’association est depuis en cours de réalisation (affaire à suivre!).

Il était ensuite temps de nous y mettre, avec l’aide des volontaires le plan du keyhole a rapidement été établit.

(Nous avons quand même pris le temps de manger un bout, heureusement pour nous à la cuisine non plus ça n’a pas chômé !)

🌱 L’APRES-MIDI

Chantier, chantier, chantier en photos :

La ruche tronc et le paysage Cévenol

Dans les Cévennes l’apiculture est une institution.

L’utilisation de ruches tronc à des fins commerciales peut être tracée depuis le 17ème siècle. L’utilisation de variétés locales d’abeilles noire a continué jusque dans les années 70 lorsque la ruche à cadre est devenue plus populaire.

photo3_Paysage lozérien
Paysage lozérien

Le paysage façonné par des siècles d’agro pastoralisme, d’un climat chaud et sec l’été, fut un paradis pour l’apiculteur d’antan. Les cévenols pratiquaient une agriculture paysanne où toute la famille était impliquée. Outre les filatures, il y avait peu d’industrie dans la région.

Des vergers, des châtaigneraies, des champs de sarrasin, de lin, de lentille et de pois recouvraient alors des centaines d’hectares de bancelles (=terraces). Tous les légumes étaient cultivés sur place, les troupeaux maintenaient une végétation basse permettant à de nombreuses plantes mellifères de proliférer. Des ruchers (parfois important) étaient fréquemment installés autour des villages. Chez les protestants il n’était pas rare de trouver des ruches autour des tombes familiales.

photo2_Entrée d’un vieux rucher abandonné
Entrée d’un vieux rucher abandonné

Aujourd’hui la plupart des ruchers tronc est à l’abandon.

Des apiculteurs transhumants apportent leurs abeilles jaunes, leurs maladies et traitements chimiques sur la callune et les châtaigniers.

Le paysage cévenol, délaissé par les populations locales lors de l’exode rural, est lui aussi relativement épuisé.

Il y a 4000 ans les forêts caduques cévenoles commencent à être coupées. Malgré ce que beaucoup pensent, les chênes verts ne sont pas la végétation originelle dominante du sud du massif. Avant que l’humain n’intervienne à l’époque gallo-romaine, le biotope était constitué de grandes forêts de feuillus, similaires aux régions plus froides (hêtraie, chêne pubescent, tilleul frêne et noisetier).

Aux 5ème siècle le paysage se repeuple de végétaux pionniers comme les pins et les bouleaux. Le Moyen-Âge arrivant, un besoin de terre grandissant mène au (re)défrichement des terres et à la construction de terrasses et de villages.

Du Moyen-Âge aux années 1950 (je fais un gros raccourci!) le paysage est très ouvert avec beaucoup moins de forêts qu’aujourd’hui et plus de culture diverses et variées.

Depuis les années 50 l’exode rurale permet à la forêt de reprendre ses droits, cela pourrait paraître encourageant …

Lorsque je me ballade dans les montagnes cévenoles, à l’exception du Mont Aigual et de quelques versants du Mont Lozère, la majorité des paysages sont désolés.

Des forêts de pin maritime sont replantées à la hâte après avoir vendu, pour une bouché de pain aux fabrique de tanin, les magnifiques châtaigniers greffés. Mêmes les chênes verts roussissent à cause des années de sécheresse. Les terrasses écroulées ne retiennent plus le peu de sol et de fertilité qui restait dans les sols du massif.

La forêt de végétaux pionniers principalement (non plus les pionniers de climat tempéré du 5ème siècle) laisse une impression d’un paysage érodé qui, en une vie d’humain, ne laisse pas de possibilité de se régénérer.

Dans ces monts aujourd’hui, l’intervention humaine est moindre. Est-ce un bien ?

Les paysages ont toujours du potentiel, les variétés anciennes de châtaigniers, de fruitiers et de légumes ont leur place parmi les forêts anciennes protégées par le parc.

Les humains seront-ils capables de régénérer leur milieu et de recréer un écosystème alliant agro foresterie, agro pastoralisme, espaces préservés et sylviculture ?

Commencer par la lecture du paysage et de sa genèse ainsi que s’intéresser aux ruches troncs et au système agricole traditionnel et d’ agro-foresterie moderne me semble une approche intéressante au vu des impératifs environnementaux territoriaux.

photo4_Paysages du Gard-Sud Lozère
Paysage du Gard/sud Lozère

Ruches de biodiversité vs Apiculture

photo1

L’apiculture moderne arrive à sa fin … Le rapport entre l’humain et l’abeille est aujourd’hui remis en cause.

 

Je ne vais pas vous parler ici des habituels produits phyto, des pesticides et autre perturbateurs chimiques ou physiques (ondes EM), de l’appauvrissement des ressources florales dû à la monoculture et la destruction des haies et des bocages. Je ne vais pas non plus vous parler du frelon asiatique et des nouvelles maladies et parasites comme Nosema Ceranae ou Varroa Destructor.

 

Je vais plutôt réfléchir à la source du problème.

 

A quoi sert l’abeille ? Est-ce pour produire du miel ? Poloniser les fleurs ? Cultiver des champignons1 ? Nourrir les oiseaux ?

 

Quels sont les « services eco systémiques » rendus par l’abeille ?

 

Pour moi le problème est là. Pourquoi la nature et ce qui la compose (ex : animaux, végétaux, fungi, minéraux) doivent forcément servir à quelque chose ?

 

Je suis pour une culture humaine intégrée à la nature et la protégeant en tant que telle dans un esprit de fraternité avec le vivant, détaché d’une vision purement utilitariste du monde.

 

Mais je reconnais l’importance des traditions, l’intérêt d’avoir une démarche adaptée à la culture d’aujourd’hui. Se reconnecter au vivant est un besoin de plus en plus exprimé et cela peut passer par une relation paysanne à la terre. Il est possible de passer de l’agriculture conventionnelle à une agriculture à petite échelle en ré utilisant les savoirs faire traditionnels.

 

Où posons nous le cursus entre :

– s’adapter au système libérale, ne pas êtres trop en marge et avoir une stratégie applicable et abordable par le plus grand nombre aujourd’hui

– s’occuper de l’environnement le plus radicalement possible car la situation est déjà trop critique pour attendre un changement sociétale (stratégie applicable seulement par un petit groupe d’activistes organisé en bio région ou TAZ) ?

Les enseignements de la permaculture me permettent de choisir entre les différentes stratégies en place pour préserver l’abeille aujourd’hui.

Actuellement les stratégies en place (de la plus libérale à la plus radicale) sont :

  • apiculture conventionnelle avec transhumance, nourrissement et traitement (200 à 400 ruches par apiculteur)
  • apiculture artisanale en ruche Dadant à petite échelle (cinquantaine de ruches par apiculteur)
  • apiculture fixiste (tronc, pailles, poterie, sunhives) destiné à produire seulement les meilleures années avec un objectif lucratif moindre.
  • apiculture vivrière à échelle familiale, 1 ou 2 ruches par famille
  • apiculture Bachkir2 (bort), 2 ruches par km2 (Ma préféré ;))
  • arrêter l’apiculture : créer des zones entièrement sauvages dans lesquelles les humains n’ont aucune intervention possible, à moins de redevenir sauvages eux aussi… (J’aime bien cette stratégie aussi !)

 

Dans la conception en permaculture nous utilisons des principes de design3.

« Utiliser et valoriser la biodiversité » est un principe souvent mal compris ou réduit à la capacité de certaines espèces à s’adapter à un biotope.

Selon les pionniers de la permaculture il en est autrement, ils l’expliquent souvent ainsi :

 

Soit nous utilisons la biodiversité sans la valoriser soit nous valorisons la biodiversité sans l’utiliser, selon les permaculteurs il faut faire les 2 en même temps.

 

Exemple grossier :

  • Je récupère un Ha de forêt et je coupe tout pour vendre des stères de bois : je gagne de l’argent en utilisant la biodiversité mais je ne la valorise pas. Cela mènera tôt ou tard à un appauvrissement du terrain.
  • Je récupère un Ha de forêt et je ne touche à rien : cela valorise la biodiversité mais ne l’utilise pas. Je reste donc dépendant d’autres personnes pour ma consommation (bois de chauffage, nourriture, etc.) qui est probablement produite en utilisant la biodiversité sans la valoriser.

Même situation mais je suis permaculteur/trice : je coupe les 4/5èmes de la forêt que je vends en bois de chauffage. J’utilise l’argent gagné pour acheter des fruitiers (ou ce dont j’ai besoin pour mon propre système de production). Je ne suis alors pas dépendant des systèmes de production destructeurs et j’améliore la diversité sur mon terrain. Je garde une partie de la forêt et je cultive des plantes de lisière (rosacées), cela apportera une grande diversité (= résilience).

Cette vision oppose les permaculteurs aux conservateurs qui tendent à seulement valoriser la biodiversité, ce qui les dépossède de leur capacité à s’intégrer à la nature d’une manière productive et respectueuse. La permaculture se rapproche plus d’une approche paysanne, vivrière et à petite échelle, avec une partie « zone 5 » entièrement réservée au sauvage sans intervention humaine.

Ainsi la conclusion serait que trop produire ne valorise pas la biodiversité. A contrario, ne rien produire4 serait aussi néfaste car nous (collectivités, communes, villages, quartiers, TAZ) serions dépossédés de nos moyens de production, gérés alors par l’industrie.

 

D’après la permaculture nous devrions garder en tête le compromis : rester productif tout en « aggradant » les eco systèmes.

 

Il est temps de reconnaître la destruction de notre milieu et d’agir en conséquences.

Les réseaux des ruches dites « de biodiversité » ou « de conservation » prêchent une apiculture pour l’abeille et rien d’autre.

 

Nous reconnaissons que l’abeille a co-évolué aux côtés de l’humain depuis 11 000 ans. Les biomes ont été tellement modifiés sous nos latitudes (et partout ailleurs) ces 200 dernières années que les abeilles sont aujourd’hui extrêmement affaiblies au point de ne plus pouvoir prospérer seules.

Même si des colonies sauvages persistent dans les coins les plus reculés de notre pays, les abeilles sont tout de même en danger et les colonies sont très fragiles.

Beaucoup de scientifiques et de spécialistes de l’abeille s’accordent à dire que de laisser les abeilles totalement sauvages n’est pas forcement la meilleure stratégie, même si ça le sera peut être un jour.

 

photo2

Actuellement un accompagnement le plus doux possible semble ce qu’il y a de plus souhaitable pour l’abeille : minimiser les interventions sur les ruches tout en sélectionnant les colonies les plus fortes ainsi que la conservation des écotypes d’abeilles noires locales (un peu comme les variétés rustiques de pommes anciennes adaptées à chaque région qui nécessitent moins de traitement ou d’accompagnement).

Le travail politique et pédagogique sur l’agriculture et la civilisation industrielle n’est pas à délaisser pour autant. Faisons en sorte qu’une « apiculture » de conservation ne remplace pas la tache principale de toute personne militant pour l’écologie 😉

 

 

Références et notes de l’auteur :

1 https://www.abeillesenliberte.fr/les-champignons-aux-petits-soins-pour-les-abeilles/

2 https://fr.rbth.com/tourisme/2013/06/16/du_miel_veritable_24079

3 https://permacultureprinciples.com/fr/fr_principle_10.php

4 On parle ici de miel ou de pollinisation : ce qui intéresse le plus les humains avec notre conception actuelle de l’«environnement »

 

La Taille des arbres fruitiers

Atelier sur la taille des fruitiers à pépins avec DENIS RETOURNARD

Voici un petit résumé de l’atelier de samedi 16 janvier.

Nous avons pris des notes de l’intervention de Denis Retournard, jardinier des Jardins du Luxembourg, spécialiste sur de nombreux sujets allant de la taille à la plantation en passant par la greffe.

J’espère que vous retrouverez ce que vous avez manquez, voici les principes d’une bonne taille !

Après une brève présentation de l’association des Croqueurs de Pommes nous avons commencé par quelques notions d’arboriculture.

Nous vous invitons d’ailleurs à visiter leur site (http://croqueurs-national.fr/). L’adhésion donne droit à 5 bulletins par an.

 

L’arbre fruitier

Il est composé d’un porte-greffe issu soit d’un pommier franc (pommier issu de semis où l’on sélectionne les plus vigoureux) soit d’un cultivar M9, M106, etc. (variété de pépiniériste classifiée de manière à contrôler la forme de l’arbre). Certains portes-greffes sont nanifiant et destinés aux formes jardinées, d’autres sont plus vigoureux et destinés aux fruitiers de plein vent, comme ceux de notre verger à Itteville (plein vent, haute tige).

Et d’un greffon, celui-ci est la partie supérieure de l’arbre. C’est un cultivar qui possède des qualités spécifiques qui sont difficiles à obtenir autrement. La greffe de ce cultivar sur un porte-greffe est nécessaire pour plusieurs raisons dont les principales sont la rapidité de la mise à fruit et la vigueur de l’arbre. A terme le cultivar peut être affranchi mais c’est une autre histoire.

L’arbre est composé de racines, d’un tronc, d’un point de greffe, de branches charpentières et de rameaux.

Taille des fruitiers 1

Les différentes formes d’arbre fruitier :

Il existe autant de formes d’arbre fruitier que de jardiniers mais nous retrouvons généralement :

Les formes jardinées :

Dont la récolte et l’entretien sont plus rapides ainsi que la mise à fruit (3éme année).

Les basse tiges : les quenouille et pyramide, formées à partir d’un axe principal.

Les gobelets qui comme leur nom l’indique ont une forme de gobelet.

Les formes palissées : comme le fameux tridents contre les murs orientés sud, si courant il y a encore 50 ans !

 

Les formes libres de plein vent :

Les hautes tiges : pouvant atteindre de 10 à 15 m de haut, plutôt destinées aux grands terrains et aux systèmes sylvo-pastoraux. C’est ce que nous avons à Itteville.

Les demi tiges : vous l’aurez compris, ceux ci sont sensiblement les mêmes que les précédents avec un porte greffe un peu moins vigoureux. Ces sujets conviennent aux arbres isolés, ils restent assez accessibles.

La taille une nécessité pour la productivité et l’entretien

En hiver les plantes ligneuses sont en repos végétatif, ce qui ralentit la cicatrisation par rapport à l’été (30 jours en hiver pour 3 en été). En revanche, lors de la taille cela blesse moins l’arbre qui n’a pas de feuille donc moins de circulation de sève. Ce phénomène crée une disproportion entre les racines de l’arbre et la partie aérienne.

Au printemps et en été l’arbre produit beaucoup de pousses pour compenser cette disproportion, il va produire des rameaux fructifères et donner plus d’énergie aux fruits.

Rappelons que la taille est un traumatisme pour l’arbre c’est pourquoi il vaut mieux tailler progressivement et régulièrement plutôt que de « rattraper » un arbre négligé pendant trop longtemps !

La répartition de la sève dans les rameaux est une notion importante à comprendre pour faire une bonne taille, elle se dirige toujours vers le bourgeon du haut.

Lorsque nous taillons le vieux bois de l’année passée, un nouveau rameau poussera à partir du dernier bourgeon que nous laissons sur la branche.

Sur ce nouveau rameau des boutons floraux vont apparaître qui feront place à des fruits.

Les dards bois, les lambourdes et les bourses sont aussi des éléments stratégiques qui donneront des fruits en fonction du flux de sève qui les alimente. On favorisera toujours un bon flux de sèves vers ces organes-ci.

 

Bourse :

Taille des fruitiers 2

 

Lambourdes :

Taille des fruitiers 3

Dard a bois :

Taille des fruitiers 4

Il faut différencier les bourgeons floraux des bourgeons à bois, cela permet d’orienter les rameaux vers l’extérieur.

Taille des fruitiers 5

Maintenant place à la taille ! Sécateurs en mains, la stratégie est simple :

Un jeune monte dans l’arbre pendant qu’un moins jeune reste au sol, avec une vue générale de l’arbre il donnera les directives.

Nous nous débarrassons du bois mort, des branches mourantes et des branches qui s’entrecroisent ou celles ayant un angle trop ouvert ou trop fermé (50 degrés étant un angle correct).

Nous rabattons ensuite les rameaux à leurs premiers tiers environ.

Les branches sont taillées au niveau du cercle de cicatrisation ou juste après un bourgeon pour ne pas laisser de « chico » qui est la porte ouverte aux parasites.

On se débarrasse aussi du gui. Pourtant notez qu’une fois installé, il reviendra chaque année.

Les lichens et mousses peuvent être retiré à la brosse douce.

Le but de la taille est aussi d’ouvrir l’arbre de manière à bien l’aérer pour qu’il soit moins sujet aux feux bactériens et fongiques.

 

Pour finir nous récoltons des greffons (pousses de l’année de 12 à 20 cm) que nous marquons pour bien repérer de quel arbre ils sont originaires.

Ces greffons pourront être enterrés dans du sable le long d’un mur orienté nord. Ils peuvent aussi être mis au réfrigérateur pour être greffé au printemps, lorsque que le porte greffe commence à débourrer.

 

Denis nous a parlé de quelques variétés intéressantes et adaptées à notre régions :

La CALVILLE BLANCHE :

Variété ancienne de pommes délicieuses, à haute valeur ajoutée.

La REINETTE ANANAS :

Qui porte bien son nom et révèle une note exotique !

 

Il y aurait plusieurs dizaines de variétés de pommes en Ile-de-France qui ont toutes un intérêt certain, sélectionnées par des arboriculteurs et paysans avertis pendant plusieurs siècles. Aujourd’hui cet héritage se perd pour un système industriel et monocultural au dépend de la résilience de notre agriculture qui devrait être plus locale et mieux adaptée.

 

Planter des fruitiers et les entretenir est une chose simple et à la porter de tous. N’hésitez pas à vous lancer dans la culture de variétés anciennes.

 

Merci à l’association des Croqueurs de Pommes pour nous avoir mis en contact avec Denis.

Et un grand merci à Denis pour nous avoir apporté une bonne dose de connaissance et de bienveillance sur un verger pourtant délaissé.

Nous espérons le revoir pour un atelier sur la greffe ! Peut-être le croiserons-nous aux Jardins du Luxembourg.

N’hésitez pas à me contacter s’il y a des choses à revoir dans l’article ou si vous avez des questions, je suis à votre disposition.

Arthur de l’association Mycorhize

Planter des fruitiers en «guild»

En Anglais « guild » signifie confrérie ; une guild est une association d’assistance mutuelle et d’entraide.

fruitier en guild

La plantation en guild c’est l’art de connaître les plantes qui aiment pousser ensemble. En effet les plantes sont des créatures très sociables et ont souvent un effet bénéfique pour leurs semblables, contrairement aux interprétations du genre humain telle que « L’herbe sous les fruitiers pompe l’eau et les nutriments de l’arbre ».

Ils ne rentrent pourtant pas dans la même catégorie, le fruitier va rapidement pomper dans les couches profondes du sol et remonter sans effort ce dont les plantes couvre sol ont besoin.

Une autre idée préconçue : les acacias (Robiniers) sont envahissants et empêchent la forêt dite «  Native » (terme purement inventé par la psyché humaine) de pousser normalement.

En fait les Robiniers font partie de la famille des fabacée, leur croissance et leur capacité de colonisation rapide en font une des espèces les plus efficaces pour la reconstitution des sols épuisés. Une fois leur travail fait, le sol fertile devient un biotope favorable aux chênes et aux frênes. En grandissant, ceux-ci ombragent les Robiniers qui commencent alors à s’épuiser et préfèrent les friches ou les terres délaissées (par les mêmes personnes les considérants « invasifs » d’ailleurs)

Imaginez le verger traditionnel avec ses fruitiers productifs et une prairie dessous.

Si je vous disais que vous pourriez avoir ce même verger, tout autant productif, mais plus mellifère,

Doté d’une biodiversité riche qui produit plus que des fruits, comme des plantes comestibles et médicinales,

Qui dépend moins des traitements et des fertilisations éventuelles

Et qui est 3 fois plus joli,

Vous en penseriez quoi ?

2 cas de figure dans lequel vous pourriez créer des guilds :

  • Vous récupérez un vieux verger de 40 ans par exemple, il commence à fatiguer.

Une petite taille de rafraichissement s’impose :

Coupez les quelques arbres fruitiers vraiment affaiblis (récupérez un maximum de portes greffes et de greffons bien sûr !)

Puis profitez de l’espace gagné ou coupez un peu plus si les arbres sont plantés trop serré.

Mulchez les fruitiers avec du BRF puis plantez des plantes de différents étages en respectant les espaces de plantation.

 

  • Vous décidez de planter un verger sur une prairie.

Prévoyez alors des espaces conséquents pour permettre des cultures auxiliaires et intercalaires !

fruitiers en guild 2

Dans nos vergers en guild nous n’utilisons souvent que 3 des 7 étages utilisés dans les forêts comestibles qui sont plus complexes. Mais il n’y a pas vraiment de règle (mis a part les espaces de plantation, une rapide étude de phytosociologie et les principaux effets allopathique).

Les 3 strates fréquemment plantées sont :

  • La strate herbacée :

Nos choix se tourne souvent vers des plantes bio-accumulatrices (elles accumulent des oligo-éléments comme le Zinc, le magnésium ou encore la potasse)

Exemples : le fraisier, la consoude bocking 14, la tanaisie, le goji, l’eleagnus rampant, la tanaisie, le cerfeuil musqué, etc.

Les alliacées pérennes sont aussi très primées grâce, entre autre, à leur action protectrice contre les ravageurs.

  • La strate arbustive (ou buissonnante) :

Ce sont les fruits rouges comme les myrtilles (sole acide), groseilles, cassis, framboisiers, mûriers, boysenberry mais aussi les plantes aromatiques et mellifères.

  • La strate arborée :

Ici ce sont nos fruitiers, les variétés anciennes et rares sont à privilégier pour leur rusticité, leur adaptabilité aux terroirs et bien sûr leur saveur !

Ne pas hésitez à cultiver des espèces vraiment rares comme des pommiers casaques à base de semis, asiminiers, néflier du Japon, plaqueminiers kaki, argousiers ou noyers du Japon.

A vos pelles, à vos brouettes ! Il y a du pain sur la planche !

 

Quelques références :

Les livres de Franck Nathié

Crée un jardin-forêt, Patrick Whitefield

 

En anglais :

Forest gardening, Robert Hart

Creating a forest-garden, Martin Crawford

Edible forest garden, Dave Jack and eric troensmeyer

 

Formations spécialisées par Franck Nathié, Andy Darlington, Eric Escoffié et bien d’autres.