La ruche tronc et le paysage Cévenol

Dans les Cévennes l’apiculture est une institution.

L’utilisation de ruches tronc à des fins commerciales peut être tracée depuis le 17ème siècle. L’utilisation de variétés locales d’abeilles noire a continué jusque dans les années 70 lorsque la ruche à cadre est devenue plus populaire.

photo3_Paysage lozérien
Paysage lozérien

Le paysage façonné par des siècles d’agro pastoralisme, d’un climat chaud et sec l’été, fut un paradis pour l’apiculteur d’antan. Les cévenols pratiquaient une agriculture paysanne où toute la famille était impliquée. Outre les filatures, il y avait peu d’industrie dans la région.

Des vergers, des châtaigneraies, des champs de sarrasin, de lin, de lentille et de pois recouvraient alors des centaines d’hectares de bancelles (=terraces). Tous les légumes étaient cultivés sur place, les troupeaux maintenaient une végétation basse permettant à de nombreuses plantes mellifères de proliférer. Des ruchers (parfois important) étaient fréquemment installés autour des villages. Chez les protestants il n’était pas rare de trouver des ruches autour des tombes familiales.

photo2_Entrée d’un vieux rucher abandonné
Entrée d’un vieux rucher abandonné
Aujourd’hui la plupart des ruchers tronc est à l’abandon.

Des apiculteurs transhumants apportent leurs abeilles jaunes, leurs maladies et traitements chimiques sur la callune et les châtaigniers.

Le paysage cévenol, délaissé par les populations locales lors de l’exode rural, est lui aussi relativement épuisé.

Il y a 4000 ans les forêts caduques cévenoles commencent à être coupées. Malgré ce que beaucoup pensent, les chênes verts ne sont pas la végétation originelle dominante du sud du massif. Avant que l’humain n’intervienne à l’époque gallo-romaine, le biotope était constitué de grandes forêts de feuillus, similaires aux régions plus froides (hêtraie, chêne pubescent, tilleul frêne et noisetier).

Aux 5ème siècle le paysage se repeuple de végétaux pionniers comme les pins et les bouleaux. Le Moyen-Âge arrivant, un besoin de terre grandissant mène au (re)défrichement des terres et à la construction de terrasses et de villages.

Du Moyen-Âge aux années 1950 (je fais un gros raccourci!) le paysage est très ouvert avec beaucoup moins de forêts qu’aujourd’hui et plus de culture diverses et variées.

Depuis les années 50 l’exode rurale permet à la forêt de reprendre ses droits, cela pourrait paraître encourageant …

Lorsque je me ballade dans les montagnes cévenoles, à l’exception du Mont Aigual et de quelques versants du Mont Lozère, la majorité des paysages sont désolés.

Des forêts de pin maritime sont replantées à la hâte après avoir vendu, pour une bouché de pain aux fabrique de tanin, les magnifiques châtaigniers greffés. Mêmes les chênes verts roussissent à cause des années de sécheresse. Les terrasses écroulées ne retiennent plus le peu de sol et de fertilité qui restait dans les sols du massif.

La forêt de végétaux pionniers principalement (non plus les pionniers de climat tempéré du 5ème siècle) laisse une impression d’un paysage érodé qui, en une vie d’humain, ne laisse pas de possibilité de se régénérer.

Dans ces monts aujourd’hui, l’intervention humaine est moindre. Est-ce un bien ?

Les paysages ont toujours du potentiel, les variétés anciennes de châtaigniers, de fruitiers et de légumes ont leur place parmi les forêts anciennes protégées par le parc.

Les humains seront-ils capables de régénérer leur milieu et de recréer un écosystème alliant agro foresterie, agro pastoralisme, espaces préservés et sylviculture ?

Commencer par la lecture du paysage et de sa genèse ainsi que s’intéresser aux ruches troncs et au système agricole traditionnel et d’ agro-foresterie moderne me semble une approche intéressante au vu des impératifs environnementaux territoriaux.

photo4_Paysages du Gard-Sud Lozère
Paysage du Gard/sud Lozère
Publicités

Ruches de biodiversité vs Apiculture

photo1

L’apiculture moderne arrive à sa fin … Le rapport entre l’humain et l’abeille est aujourd’hui remis en cause.

 

Je ne vais pas vous parler ici des habituels produits phyto, des pesticides et autre perturbateurs chimiques ou physiques (ondes EM), de l’appauvrissement des ressources florales dû à la monoculture et la destruction des haies et des bocages. Je ne vais pas non plus vous parler du frelon asiatique et des nouvelles maladies et parasites comme Nosema Ceranae ou Varroa Destructor.

 

Je vais plutôt réfléchir à la source du problème.

 

A quoi sert l’abeille ? Est-ce pour produire du miel ? Poloniser les fleurs ? Cultiver des champignons1 ? Nourrir les oiseaux ?

 

Quels sont les « services eco systémiques » rendus par l’abeille ?

 

Pour moi le problème est là. Pourquoi la nature et ce qui la compose (ex : animaux, végétaux, fungi, minéraux) doivent forcément servir à quelque chose ?

 

Je suis pour une culture humaine intégrée à la nature et la protégeant en tant que telle dans un esprit de fraternité avec le vivant, détaché d’une vision purement utilitariste du monde.

 

Mais je reconnais l’importance des traditions, l’intérêt d’avoir une démarche adaptée à la culture d’aujourd’hui. Se reconnecter au vivant est un besoin de plus en plus exprimé et cela peut passer par une relation paysanne à la terre. Il est possible de passer de l’agriculture conventionnelle à une agriculture à petite échelle en ré utilisant les savoirs faire traditionnels.

 

Où posons nous le cursus entre :

– s’adapter au système libérale, ne pas êtres trop en marge et avoir une stratégie applicable et abordable par le plus grand nombre aujourd’hui

– s’occuper de l’environnement le plus radicalement possible car la situation est déjà trop critique pour attendre un changement sociétale (stratégie applicable seulement par un petit groupe d’activistes organisé en bio région ou TAZ) ?

Les enseignements de la permaculture me permettent de choisir entre les différentes stratégies en place pour préserver l’abeille aujourd’hui.

Actuellement les stratégies en place (de la plus libérale à la plus radicale) sont :

  • apiculture conventionnelle avec transhumance, nourrissement et traitement (200 à 400 ruches par apiculteur)
  • apiculture artisanale en ruche Dadant à petite échelle (cinquantaine de ruches par apiculteur)
  • apiculture fixiste (tronc, pailles, poterie, sunhives) destiné à produire seulement les meilleures années avec un objectif lucratif moindre.
  • apiculture vivrière à échelle familiale, 1 ou 2 ruches par famille
  • apiculture Bachkir2 (bort), 2 ruches par km2 (Ma préféré ;))
  • arrêter l’apiculture : créer des zones entièrement sauvages dans lesquelles les humains n’ont aucune intervention possible, à moins de redevenir sauvages eux aussi… (J’aime bien cette stratégie aussi !)

 

Dans la conception en permaculture nous utilisons des principes de design3.

« Utiliser et valoriser la biodiversité » est un principe souvent mal compris ou réduit à la capacité de certaines espèces à s’adapter à un biotope.

Selon les pionniers de la permaculture il en est autrement, ils l’expliquent souvent ainsi :

 

Soit nous utilisons la biodiversité sans la valoriser soit nous valorisons la biodiversité sans l’utiliser, selon les permaculteurs il faut faire les 2 en même temps.

 

Exemple grossier :

  • Je récupère un Ha de forêt et je coupe tout pour vendre des stères de bois : je gagne de l’argent en utilisant la biodiversité mais je ne la valorise pas. Cela mènera tôt ou tard à un appauvrissement du terrain.
  • Je récupère un Ha de forêt et je ne touche à rien : cela valorise la biodiversité mais ne l’utilise pas. Je reste donc dépendant d’autres personnes pour ma consommation (bois de chauffage, nourriture, etc.) qui est probablement produite en utilisant la biodiversité sans la valoriser.

Même situation mais je suis permaculteur/trice : je coupe les 4/5èmes de la forêt que je vends en bois de chauffage. J’utilise l’argent gagné pour acheter des fruitiers (ou ce dont j’ai besoin pour mon propre système de production). Je ne suis alors pas dépendant des systèmes de production destructeurs et j’améliore la diversité sur mon terrain. Je garde une partie de la forêt et je cultive des plantes de lisière (rosacées), cela apportera une grande diversité (= résilience).

Cette vision oppose les permaculteurs aux conservateurs qui tendent à seulement valoriser la biodiversité, ce qui les dépossède de leur capacité à s’intégrer à la nature d’une manière productive et respectueuse. La permaculture se rapproche plus d’une approche paysanne, vivrière et à petite échelle, avec une partie « zone 5 » entièrement réservée au sauvage sans intervention humaine.

Ainsi la conclusion serait que trop produire ne valorise pas la biodiversité. A contrario, ne rien produire4 serait aussi néfaste car nous (collectivités, communes, villages, quartiers, TAZ) serions dépossédés de nos moyens de production, gérés alors par l’industrie.

 

D’après la permaculture nous devrions garder en tête le compromis : rester productif tout en « aggradant » les eco systèmes.

 

Il est temps de reconnaître la destruction de notre milieu et d’agir en conséquences.

Les réseaux des ruches dites « de biodiversité » ou « de conservation » prêchent une apiculture pour l’abeille et rien d’autre.

 

Nous reconnaissons que l’abeille a co-évolué aux côtés de l’humain depuis 11 000 ans. Les biomes ont été tellement modifiés sous nos latitudes (et partout ailleurs) ces 200 dernières années que les abeilles sont aujourd’hui extrêmement affaiblies au point de ne plus pouvoir prospérer seules.

Même si des colonies sauvages persistent dans les coins les plus reculés de notre pays, les abeilles sont tout de même en danger et les colonies sont très fragiles.

Beaucoup de scientifiques et de spécialistes de l’abeille s’accordent à dire que de laisser les abeilles totalement sauvages n’est pas forcement la meilleure stratégie, même si ça le sera peut être un jour.

 

photo2

Actuellement un accompagnement le plus doux possible semble ce qu’il y a de plus souhaitable pour l’abeille : minimiser les interventions sur les ruches tout en sélectionnant les colonies les plus fortes ainsi que la conservation des écotypes d’abeilles noires locales (un peu comme les variétés rustiques de pommes anciennes adaptées à chaque région qui nécessitent moins de traitement ou d’accompagnement).

Le travail politique et pédagogique sur l’agriculture et la civilisation industrielle n’est pas à délaisser pour autant. Faisons en sorte qu’une « apiculture » de conservation ne remplace pas la tache principale de toute personne militant pour l’écologie 😉

 

 

Références et notes de l’auteur :

1 https://www.abeillesenliberte.fr/les-champignons-aux-petits-soins-pour-les-abeilles/

2 https://fr.rbth.com/tourisme/2013/06/16/du_miel_veritable_24079

3 https://permacultureprinciples.com/fr/fr_principle_10.php

4 On parle ici de miel ou de pollinisation : ce qui intéresse le plus les humains avec notre conception actuelle de l’«environnement »

 

La Taille des arbres fruitiers

Atelier sur la taille des fruitiers à pépins avec DENIS RETOURNARD

Voici un petit résumé de l’atelier de samedi 16 janvier.

Nous avons pris des notes de l’intervention de Denis Retournard, jardinier des Jardins du Luxembourg, spécialiste sur de nombreux sujets allant de la taille à la plantation en passant par la greffe.

J’espère que vous retrouverez ce que vous avez manquez, voici les principes d’une bonne taille !

Après une brève présentation de l’association des Croqueurs de Pommes nous avons commencé par quelques notions d’arboriculture.

Nous vous invitons d’ailleurs à visiter leur site (http://croqueurs-national.fr/). L’adhésion donne droit à 5 bulletins par an.

 

L’arbre fruitier

Il est composé d’un porte-greffe issu soit d’un pommier franc (pommier issu de semis où l’on sélectionne les plus vigoureux) soit d’un cultivar M9, M106, etc. (variété de pépiniériste classifiée de manière à contrôler la forme de l’arbre). Certains portes-greffes sont nanifiant et destinés aux formes jardinées, d’autres sont plus vigoureux et destinés aux fruitiers de plein vent, comme ceux de notre verger à Itteville (plein vent, haute tige).

Et d’un greffon, celui-ci est la partie supérieure de l’arbre. C’est un cultivar qui possède des qualités spécifiques qui sont difficiles à obtenir autrement. La greffe de ce cultivar sur un porte-greffe est nécessaire pour plusieurs raisons dont les principales sont la rapidité de la mise à fruit et la vigueur de l’arbre. A terme le cultivar peut être affranchi mais c’est une autre histoire.

L’arbre est composé de racines, d’un tronc, d’un point de greffe, de branches charpentières et de rameaux.

Taille des fruitiers 1

Les différentes formes d’arbre fruitier :

Il existe autant de formes d’arbre fruitier que de jardiniers mais nous retrouvons généralement :

Les formes jardinées :

Dont la récolte et l’entretien sont plus rapides ainsi que la mise à fruit (3éme année).

Les basse tiges : les quenouille et pyramide, formées à partir d’un axe principal.

Les gobelets qui comme leur nom l’indique ont une forme de gobelet.

Les formes palissées : comme le fameux tridents contre les murs orientés sud, si courant il y a encore 50 ans !

 

Les formes libres de plein vent :

Les hautes tiges : pouvant atteindre de 10 à 15 m de haut, plutôt destinées aux grands terrains et aux systèmes sylvo-pastoraux. C’est ce que nous avons à Itteville.

Les demi tiges : vous l’aurez compris, ceux ci sont sensiblement les mêmes que les précédents avec un porte greffe un peu moins vigoureux. Ces sujets conviennent aux arbres isolés, ils restent assez accessibles.

La taille une nécessité pour la productivité et l’entretien

En hiver les plantes ligneuses sont en repos végétatif, ce qui ralentit la cicatrisation par rapport à l’été (30 jours en hiver pour 3 en été). En revanche, lors de la taille cela blesse moins l’arbre qui n’a pas de feuille donc moins de circulation de sève. Ce phénomène crée une disproportion entre les racines de l’arbre et la partie aérienne.

Au printemps et en été l’arbre produit beaucoup de pousses pour compenser cette disproportion, il va produire des rameaux fructifères et donner plus d’énergie aux fruits.

Rappelons que la taille est un traumatisme pour l’arbre c’est pourquoi il vaut mieux tailler progressivement et régulièrement plutôt que de « rattraper » un arbre négligé pendant trop longtemps !

La répartition de la sève dans les rameaux est une notion importante à comprendre pour faire une bonne taille, elle se dirige toujours vers le bourgeon du haut.

Lorsque nous taillons le vieux bois de l’année passée, un nouveau rameau poussera à partir du dernier bourgeon que nous laissons sur la branche.

Sur ce nouveau rameau des boutons floraux vont apparaître qui feront place à des fruits.

Les dards bois, les lambourdes et les bourses sont aussi des éléments stratégiques qui donneront des fruits en fonction du flux de sève qui les alimente. On favorisera toujours un bon flux de sèves vers ces organes-ci.

 

Bourse :

Taille des fruitiers 2

 

Lambourdes :

Taille des fruitiers 3

Dard a bois :

Taille des fruitiers 4

Il faut différencier les bourgeons floraux des bourgeons à bois, cela permet d’orienter les rameaux vers l’extérieur.

Taille des fruitiers 5

Maintenant place à la taille ! Sécateurs en mains, la stratégie est simple :

Un jeune monte dans l’arbre pendant qu’un moins jeune reste au sol, avec une vue générale de l’arbre il donnera les directives.

Nous nous débarrassons du bois mort, des branches mourantes et des branches qui s’entrecroisent ou celles ayant un angle trop ouvert ou trop fermé (50 degrés étant un angle correct).

Nous rabattons ensuite les rameaux à leurs premiers tiers environ.

Les branches sont taillées au niveau du cercle de cicatrisation ou juste après un bourgeon pour ne pas laisser de « chico » qui est la porte ouverte aux parasites.

On se débarrasse aussi du gui. Pourtant notez qu’une fois installé, il reviendra chaque année.

Les lichens et mousses peuvent être retiré à la brosse douce.

Le but de la taille est aussi d’ouvrir l’arbre de manière à bien l’aérer pour qu’il soit moins sujet aux feux bactériens et fongiques.

 

Pour finir nous récoltons des greffons (pousses de l’année de 12 à 20 cm) que nous marquons pour bien repérer de quel arbre ils sont originaires.

Ces greffons pourront être enterrés dans du sable le long d’un mur orienté nord. Ils peuvent aussi être mis au réfrigérateur pour être greffé au printemps, lorsque que le porte greffe commence à débourrer.

 

Denis nous a parlé de quelques variétés intéressantes et adaptées à notre régions :

La CALVILLE BLANCHE :

Variété ancienne de pommes délicieuses, à haute valeur ajoutée.

La REINETTE ANANAS :

Qui porte bien son nom et révèle une note exotique !

 

Il y aurait plusieurs dizaines de variétés de pommes en Ile-de-France qui ont toutes un intérêt certain, sélectionnées par des arboriculteurs et paysans avertis pendant plusieurs siècles. Aujourd’hui cet héritage se perd pour un système industriel et monocultural au dépend de la résilience de notre agriculture qui devrait être plus locale et mieux adaptée.

 

Planter des fruitiers et les entretenir est une chose simple et à la porter de tous. N’hésitez pas à vous lancer dans la culture de variétés anciennes.

 

Merci à l’association des Croqueurs de Pommes pour nous avoir mis en contact avec Denis.

Et un grand merci à Denis pour nous avoir apporté une bonne dose de connaissance et de bienveillance sur un verger pourtant délaissé.

Nous espérons le revoir pour un atelier sur la greffe ! Peut-être le croiserons-nous aux Jardins du Luxembourg.

N’hésitez pas à me contacter s’il y a des choses à revoir dans l’article ou si vous avez des questions, je suis à votre disposition.

Arthur de l’association Mycorhize

Planter des fruitiers en «guild»

En Anglais « guild » signifie confrérie ; une guild est une association d’assistance mutuelle et d’entraide.

fruitier en guild

La plantation en guild c’est l’art de connaître les plantes qui aiment pousser ensemble. En effet les plantes sont des créatures très sociables et ont souvent un effet bénéfique pour leurs semblables, contrairement aux interprétations du genre humain telle que « L’herbe sous les fruitiers pompe l’eau et les nutriments de l’arbre ».

Ils ne rentrent pourtant pas dans la même catégorie, le fruitier va rapidement pomper dans les couches profondes du sol et remonter sans effort ce dont les plantes couvre sol ont besoin.

Une autre idée préconçue : les acacias (Robiniers) sont envahissants et empêchent la forêt dite «  Native » (terme purement inventé par la psyché humaine) de pousser normalement.

En fait les Robiniers font partie de la famille des fabacée, leur croissance et leur capacité de colonisation rapide en font une des espèces les plus efficaces pour la reconstitution des sols épuisés. Une fois leur travail fait, le sol fertile devient un biotope favorable aux chênes et aux frênes. En grandissant, ceux-ci ombragent les Robiniers qui commencent alors à s’épuiser et préfèrent les friches ou les terres délaissées (par les mêmes personnes les considérants « invasifs » d’ailleurs)

Imaginez le verger traditionnel avec ses fruitiers productifs et une prairie dessous.

Si je vous disais que vous pourriez avoir ce même verger, tout autant productif, mais plus mellifère,

Doté d’une biodiversité riche qui produit plus que des fruits, comme des plantes comestibles et médicinales,

Qui dépend moins des traitements et des fertilisations éventuelles

Et qui est 3 fois plus joli,

Vous en penseriez quoi ?

2 cas de figure dans lequel vous pourriez créer des guilds :

  • Vous récupérez un vieux verger de 40 ans par exemple, il commence à fatiguer.

Une petite taille de rafraichissement s’impose :

Coupez les quelques arbres fruitiers vraiment affaiblis (récupérez un maximum de portes greffes et de greffons bien sûr !)

Puis profitez de l’espace gagné ou coupez un peu plus si les arbres sont plantés trop serré.

Mulchez les fruitiers avec du BRF puis plantez des plantes de différents étages en respectant les espaces de plantation.

 

  • Vous décidez de planter un verger sur une prairie.

Prévoyez alors des espaces conséquents pour permettre des cultures auxiliaires et intercalaires !

fruitiers en guild 2

Dans nos vergers en guild nous n’utilisons souvent que 3 des 7 étages utilisés dans les forêts comestibles qui sont plus complexes. Mais il n’y a pas vraiment de règle (mis a part les espaces de plantation, une rapide étude de phytosociologie et les principaux effets allopathique).

Les 3 strates fréquemment plantées sont :

  • La strate herbacée :

Nos choix se tourne souvent vers des plantes bio-accumulatrices (elles accumulent des oligo-éléments comme le Zinc, le magnésium ou encore la potasse)

Exemples : le fraisier, la consoude bocking 14, la tanaisie, le goji, l’eleagnus rampant, la tanaisie, le cerfeuil musqué, etc.

Les alliacées pérennes sont aussi très primées grâce, entre autre, à leur action protectrice contre les ravageurs.

  • La strate arbustive (ou buissonnante) :

Ce sont les fruits rouges comme les myrtilles (sole acide), groseilles, cassis, framboisiers, mûriers, boysenberry mais aussi les plantes aromatiques et mellifères.

  • La strate arborée :

Ici ce sont nos fruitiers, les variétés anciennes et rares sont à privilégier pour leur rusticité, leur adaptabilité aux terroirs et bien sûr leur saveur !

Ne pas hésitez à cultiver des espèces vraiment rares comme des pommiers casaques à base de semis, asiminiers, néflier du Japon, plaqueminiers kaki, argousiers ou noyers du Japon.

A vos pelles, à vos brouettes ! Il y a du pain sur la planche !

 

Quelques références :

Les livres de Franck Nathié

Crée un jardin-forêt, Patrick Whitefield

 

En anglais :

Forest gardening, Robert Hart

Creating a forest-garden, Martin Crawford

Edible forest garden, Dave Jack and eric troensmeyer

 

Formations spécialisées par Franck Nathié, Andy Darlington, Eric Escoffié et bien d’autres.

To butte or not to butte ?

culture sur butteMais qu’est-ce que vous avez avec vos buttes en Permaculture ?

Alors oui après tout, pourquoi des buttes ? Est-ce que cultiver « à plat » ne produit pas autant ? Et les rendements seraient-ils décuplés par le profil et la construction spécifique aux buttes de culture ?

Non. Cultiver « à plat » est tout autant productif, à vrai dire certains des rendements aux m2 les plus élevés (en bio) sont cultivés sur le plancher des vaches. Alors pourquoi se donner tant de mal à creuser des buttes de 90cm de haut ?!

Tout type de culture a ses avantages et ses inconvénients, il s’agit de trouver quel équilibre est le nôtre en fonction de nos facilités et de nos préférences. Personnellement je n’ai rien contre la culture à plat, au contraire, certains systèmes sont très adaptés et/ou hyper-productifs.

Ex : Eliot Coleman, John Jeavons, TCS de Dominique Soltner, Louis Savier ou encore Jean Pain.

Aujourd’hui les buttes sont un phénomène de mode en permaculture et bien souvent au détriment de la vie du sol, ce qui est aujourd’hui sujet à débat. Dans le monde permacole certains les voient d’un mauvais œil car c’est souvent des « urbains » sans connaissance du terrain qui pratiquent cette technique tout en profitant de la renommée et de l’image très cool de la « butte de permaculture ». D’autres y vont franchement en se moquant des fantasmes agronomiques et enterrent de la matière organique, même en sol fertile.

Seulement voilà, les buttes aussi (bien faites ; sans enterrer de MO* sous la couche superficielle lorsque ce n’est pas nécessaire) ont leurs avantages. Parmi lesquels nous pouvons citer ceux communs à la plupart des techniques :

– Le relief ainsi créé prodigue une surface de culture plus grande.

Et oui 1m2 à plat = 1m2.

Une butte de 1m de haut sur 1m2 = 2m2. C’est magique ont vient de multiplié la surface par 2 !

Bien sûr dans l’applicatif nous ne faisons pas de pentes si fortes pour des raisons logiques d’érosion mais tout de même, nous augmentons notre surface de culture.

– Un sol hyper aéré : la segmentation ainsi créée évite au sol de se tasser.

Déjà rien que dans le cadre d’un lieu public, les chances de marcher sur une planche de culture plate sont décuplées par rapport à une butte avec des rebords de 40cm de haut où seuls les plus belliqueux oserons piétiner.

– Un sol qui se réchauffe plus vite car l’angle ainsi créé favorise la captation des rayons solaires et l’évaporation. Le phénomène de ressuyage y est encouragé, ce qui, chez nous dans un sol argileux en bordure de marais, est primordiale.

– Une aggradation de la fertilité accélérée pour la première année d’installation des cultures.

Certes nous pourrions acheter ou trouver du compost, l’étaler sur la surface, le griffer, ajouter du mulch avec beaucoup de lignine et de la matière azoté. Mais on ne trouve pas du compost de bonne qualité comme ça. Avec la construction de buttes bien aérées où la MO est enfouie sur les 10 premiers cm de manière équilibrée N2/C*, en quantité raisonnable nous nous retrouvons avec un compostage de surface à froid, qui est mieux valorisé par la microfaune et les champignons.

L’aération ainsi créée par la formation de butte permet une libération de la MO. L’oxygène ainsi mis à disposition permet aux micro-organismes de vaquer à leurs activités de digestion des différents éléments nutritifs du sol qui, une fois digérés, sont sous une forme assimilable par les plantes.

(cf. processus d’humification et de minéralisation)

L’apport d’un paillage ou de mulch en surface est la touche finale. C’est aussi l’étape la plus importante et la seule qui est réellement primordiale. Toute personne comprenant le phénomène de pédogenèse* comprendra que la couche d’humus (=fertilité) est due à la décomposition de la MO sur le sol minéral.

Voilà une petite explication de pourquoi nous faisons l’effort de creuser des buttes de culture, et je le répète les buttes sont loin d’être la seule manière de faire un potager en permaculture. C’est une technique qui aujourd’hui est adaptée à notre situation dans un contexte particulier : bord de marais, sol argileux et pauvre en MO, petite surface <900m2, besoin de « construire » un sol rapidement.

*MO : Matière organique

*N2/C : Rapport Azote/Carbone

*Pédogenèse : Ensemble des processus physiques, chimiques et biologiques entrainant la formation des sols.